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Barbara | Couples concernés par le VIH | Effets indésirables | Femmes séropositives

Avant de rencontrer l’homme de sa vie, Barbara, séropositive depuis 1992, ne se voyait pas maman

10 novembre 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Alors aujourd’hui Barbara vit en couple, elle est heureuse, elle respire la joie de vivre mais ça n’a pas toujours été le cas. Barbara a été contaminée dans les années 90 et il est important de ne pas oublier cette époque. On écoute Barbara à nouveau.

Début du son.

Barbara : Moi, donc j’ai été contaminée en, je me suis fait dépistée également en 1992. Donc, c’est vrai que, à l’époque, il y avait que l’AZT. L’AZT on le donnait aux personnes qui étaient en fin de vie. Donc vous voyez, ça n’a rien à voir. La bithérapie est arrivée derrière, puis très vite la trithérapie. Mais moi, à l’époque, déjà, quand on m’a annoncée que j’étais contaminée, je ne me voyais pas... Je pensais que mon existence était évidemment raccourcie, qu’il me restait très peu de temps à vivre. Donc forcément, bon, j’avais 17 ans, c’est vrai. Mais la grossesse, à 17 ans, ce n’est pas forcément quelque chose à envisager mais c’est forcément quelque chose qui me semblait tout à fait impossible pour moi. Puis, le temps passant, je me suis toujours fermée à l’idée d’être enceinte et d’être un jour maman, parce que, ça me paraissait, pour moi absolument inconcevable à cause du virus. Et puis ensuite, la trithérapie est arrivée avec les résultats que l’on connaît. Et puis surtout, les résultats sur la transmission de la mère à l’enfant, qui ont été de plus en plus raccourcis. Aujourd’hui, le risque il est de, il est extrêmement minime. Je crois que c’est 0,1%. Donc vous voyez, c’est vraiment, c’est rien quoi. Mais, malgré tout, en ayant connaissance de ça, je ne me voyais pas un jour être maman. Je pense que j’avais tiré un trait sur ça. Ca ne me semblait absolument pas gérable par rapport au virus. En fait, ça ne résout pas le problème. On reste contaminé. Bien que, la trithérapie aujourd’hui, nous donne quand même, nous donne un avenir aujourd’hui. Extrêmement beaucoup d’espoir. On peut se permettre aujourd’hui de dire qu’on a encore de longues années devant nous, grâce à la trithérapie. Mais malgré tout, moi je reste contaminée. Ca fait quand même très longtemps que je suis contaminée aussi. Ca fait quand même 19 ans. Ca ne semble rien aujourd’hui, mais à l’époque, voilà. Je reste séropositive. Donc potentiellement, je reste une potentielle victime du virus. J’ai malgré tout, j’ai des risques de déclencher des maladies opportunes. J’ai des risques d’en mourir tout simplement. Il y a une échéance plus brève que d’autres. La maladie, elle est là. Elle reste là. Est-ce que c’est bien de faire un enfant sachant que nous-même, on a peut-être une existence de vie plus courte que les autres ? Est-ce que c’est bien de faire un bébé et si je meurs, qui s’en occupera aussi ? Ca pose mille et une question. J’ai cette question-là qui reste en suspens. Même si mon bébé n’était pas contaminé grâce au progrès de la médecine, ça ne résout pas mon problème. Moi, je reste contaminé et potentiellement...

Sauf que voilà, dans la vie, je suis plutôt quelqu’un d’optimiste et que, je n’ai pas non plus envie de vivre en me disant, un jour je vais finir par mourir du virus et, je ne serais plus là pour ma fille, je ne serais plus là pour mon ami. Non. Encore une fois, c’est un choix très personnel. C’est complètement ridicule. Donne-toi plutôt les moyens d’avoir un bébé. Sois heureuse avec cet enfant et puis voilà.

Et puis en fait, j’ai rencontré Vincent. Il suffit d’une rencontre. Il suffit d’être bien avec quelqu’un pour après se dire, eh bien finalement, pourquoi pas. C’est vraiment ma rencontre avec Vincent, ma vie avec lui, mon quotidien avec lui. C’est lui aussi un jour qui carrément a dit : « J’aimerai bien avoir au moins deux enfants, voir trois ». Et je lui ai dit : « Bon, ça peut peut-être poser un problème, parce que moi, je ne me vois pas du tout maman ». Et puis il a dit : « Oh, je suis sûr que tu vas y venir ». Et puis en fait, voilà. Il n’a pas eu besoin de me mettre la pression. C’était quelque chose de naturelle. Un jour, on s’est dit, tiens si un jour on essayait. J’ai eu 36 ans. Il en a eu 34. Et puis voilà, on s’est dit c’est peut-être, il serait peut-être temps d’y penser. Et voilà.

Sandra : Quand tu entends les médecins dirent qu’une personne séropositive à la même espérance de vie qu’une personne séronégative, grâce aux progrès de la médecine, grâce aux traitements et que maintenant, si les médecins, sont là, à dire que oui, les personnes séropositives peuvent faire des bébés, c’est bien que, ils conçoivent que les personnes séropositives ont un avenir ?

Barbara : Moi, c’est vrai qu’à l’époque, forcément, je n’avais pas cette perspective d’avenir là. Donc en fait, j’ai toujours vécu avec mon virus, en me disant qu’un jour, le virus se déclarera. Donc forcément, c’est des choses petit à petit que j’ai accepté. Au jour d’aujourd’hui, effectivement, les médecins ont raison de porter ce jugement. Sauf qu’ils oublient quand même, enfin, ils oublient une chose, non. C’est vrai, la personne séropositive, aujourd’hui, grâce à la trithérapie vit comme n’importe quelle autre personne, a des perspectives d’avenir aussi longues que n’importe qui. C’est un fait. Il ne faut pas non plus oublier quand même les effets secondaires, dus aux traitements. Il y en a de moins en moins maintenant, je suis d’accord. Mais malgré tout, voilà, à long terme, on n’en sait rien. Mais moi je sais que j’ai eu pas mal de... J’ai eu quelques soucis avec des trithérapies que j’ai pris, au niveau de mon foie, au niveau du pancréas. Il y a des choses quand même, qui ne sont pas négligeables. Au niveau de ma tension, au niveau de certaines choses. Donc, malgré tout, ce qu’on avale, les pilules qu’on avale, elles sont extrêmement efficaces, mais ce n’est pas rien non plus d’en prendre tous les jours.

Fin du son.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE