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Barbara, séropositive depuis 1992, heureuse d’être maman pour la première fois

10 novembre 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Qui se souvient de Barbara ? Je l’ai dit dans le sommaire, elle avait participé au premier Sidaction en 1994. C’était la première fois qu’on voyait une personne séropositive qui prenait la parole à la télévision. Aujourd’hui, elle est maman, c’est son premier bébé. Contrairement à Sidaction, l’émission Survivre au sida ne l’a pas oubliée. Je vous propose d’écouter le récit de Barbara.

Début du son.

Barbara : J’ai eu la chance de rencontrer un garçon il y a deux ans, pour qui, le virus n’était pas un problème, qui n’a jamais fait de différence par rapport à ça. Ce qui est rare, parce que, ça fait 19 ans que je suis séropositive et j’ai rencontré pas mal d’hommes et, il y en a eu beaucoup, malheureusement, qui m’ont tournée le dos. J’ai vécu des choses pas simples. L’annonce de la séropositivité, ce n’est jamais évident. Assumer pour un partenaire, ce n’est pas forcément quelque chose de simple non plus. Donc moi, en rencontrant Vincent, j’ai eu la chance vraiment, de tomber sur quelqu’un de compréhensif et de surtout formidable. L’histoire d’amour classique.

Ensuite, on s’est installé tous les deux, et puis, on s’est dit, pourquoi pas faire un bébé à l’occasion quoi. Je suis tombée très rapidement enceinte. On a choisi de faire cet enfant de façon tout à fait classique. On l’a fait sans préservatif. C’était un choix de notre part à tous les deux. Il y a plusieurs façons, ça peut être par FIV, enfin il y a plusieurs méthodes en fait que l’on conseille à la femme qui est séropositive et qui va avoir un bébé. Après, c’est un choix personnel, un choix de vie. Moi, mon choix de vie, enfin, ça ne concernait pas que moi, ça nous concernait tous les deux. Vincent et moi, on a décidé de le faire ainsi parce que d’abord, il sait aujourd’hui que je ne suis pas contaminante de par mes résultats qui sont bons, de par ma trithérapie que je prends, ma charge virale indétectable depuis des années. Il y a pleins de facteurs qui font que, on a pu se permettre, l’un et l’autre, de décider de faire de cette façon-là. Après bien sûr, je ne dis pas que c’est forcément ce qu’il faut faire systématiquement. Il faut en parler avec son médecin. Sachant que, mon médecin, il n’était pas forcément non plus super chaud pour qu’on fasse comme ça. Après, encore une fois, c’est un choix. Moi, il nous a dit effectivement, aujourd’hui il y a aucun risque pour monsieur. Donc comme il nous a dit, c’est à vous de voir. Donc on a décidé de le faire ainsi. Je suis tombée enceinte très vite.

La grossesse, ma foi, elle a été classique. Je me suis fait suivre à l’hôpital Cochin, qui est à Paris, dans le 14ème, par des gens, qui ont l’habitude justement de suivre les femmes séropositives et enceintes. Donc ce sont des gens extrêmement formés, extrêmement compétents et puis, qui sont très proches de toi aussi. Donc ce sont toujours les mêmes personnes que tu vois, les mêmes infirmières, les mêmes sage-femme, la même gynécologue. Donc ce qui est quand même plus simple. Tu n’as pas besoin à chaque fois de raconter ton histoire, d’avoir à faire à des gens qui te jugent ou autre. Que ce soit de l’échographe jusqu’à l’aide soignante, ce sont vraiment des gens formidables. La grossesse, ça a été un suivi classique. Tout s’est bien passé pour moi. C’était formidable. J’ai un eu traitement bien sûr, une trithérapie adaptée à ma grossesse. C’est classique également. On m’a changé mes médicaments, de ma trithérapie, pour m’en donner d’autres, qui étaient a priori plus, qui sont mieux, j’imagine, mieux supportés par le foetus et ensuite par le bébé. Donc une trithérapie que j’ai parfaitement bien supportée. Tous mes résultats étaient bons. En ce moment, je prends Isentress et Intelence. Donc c’est le traitement que j’avais déjà avant ma grossesse. Enceinte, on m’a donné Kaletra et Combivir. Et là, je suis retournée, maintenant que c’est terminé, je suis retournée à mon traitement d’avant, donc Isentress et Intelence.

Et, pour ce qui est de l’accouchement, j’ai accouché par voie basse. Pas eu besoin de césarienne puisque mon état de santé ne le nécessitait pas. L’accouchement s’est bien passé. Ma petite, elle a eu le traitement, une trithérapie pendant un mois. C’est classiquement ce qu’ils font également pour toutes femmes séropositives qui met au monde un bébé. Il était évident, que moi, je ne voulais faire courir zéro risque à mon enfant. Donc j’accouche par voie basse, moi, j’ai une transfusion d’AZT au moment de l’accouchement bien sûr. J’ai eu bien sûr cette trithérapie à côté. Mais voilà, je voulais malgré tout, ne pas faire prendre de risque à la petite. Moi, très sincèrement, ça m’a vraiment rassurée de savoir qu’il y avait ce traitement pour la petite, parce que, je vous avoue que le premier mois, on flippe quand même un peu. Même si, mes résultats étaient bons. Le médecin m’a bien rassurée, il m’a fait comprendre que, a priori, il y avait aucun risque pour mon bébé malgré tout. On peut être difficilement complètement serein. Enfin, moi je sais que c’est quelque chose qui m’a rassurée. Puis, bah, aujourd’hui tout va très bien pour elle. Elle a pris son traitement pendant un mois. Elle n’est pas contaminée. Et, elle ne le sera pas. C’est un beau cadeau.

Sandra : Ton partenaire, quand tu lui as annoncé ta séropositivité, comment a-t-il réagi ? Est-ce que tu as dû lui expliquer ce que c’est le VIH ou avait-il déjà des connaissances ?

Barbara : Il l’a su très rapidement parce que, on s’est connu par le biais d’une de mes amis, qui savait que j’étais séropositive et qui a dit à Vincent, tiens, j’ai quelqu’un à te présenter, qui est célibataire, qui pourra peut-être te plaire. D’entrée de jeu, elle lui a dit, bon, je te dis tout de suite, elle est séropositive. Donc si jamais ça te pose un soucis, soit claire tout de suite, parce que moi, sinon, je ne te la présente pas. Voilà donc. Elle avait déjà posé les choses à plat.

Sandra : Ca ne t’a pas dérangée qu’elle dise directement à...

Barbara : Ca, je ne le savais pas. Je ne savais pas qu’elle allait le présenter comme ça. C’est Vincent donc du coup qui me l’a appris. Si quand même j’avoue que c’est quelque chose qui me dérange. Je suis capable de le dire toute seule. Après, je comprends son intention. C’était quelque chose de gentil de sa part. A la base, elle se disait, ce n’est pas la peine que je lui présente quelqu’un si jamais ça se passe bien, et que, une fois de plus, elle lui annonce qu’elle est séropositive, tu lui tournes le dos. Je pense qu’elle ne voulait pas que je souffre encore une fois et que ça se passe mal. Donc, je pense que c’était une façon de me protéger, en l’avertissant lui d’entrée de jeu. C’était pour lui dire, tu ne déconnes pas. Si ça te pose un problème, il se passe rien. S’il n’y a pas de soucis, dans ce cas tu fonces. Voilà, c’était plus cette façon-là de faire. Et pour Vincent, donc d’entrée de jeu, il a dit ça me pose aucun problème. Donc en fait, c’est lui, tout de suite qui m’a dit, je sais que tu es contaminée. Bon. Voilà. C’était plus clair. Je lui dis, tu as peut-être envie qu’on en parle. Tu as peut-être envie que je te dise des choses. Il n’avait pas forcément cette envie, parce que, le VIH, il connaissait. L’information sur le SIDA il avait. Les préservatifs, ils les utilisaient dans sa sexualité. Donc ça non plus, ce n’était pas quelque chose de nouveau pour lui. Donc c’était très bien. Du fait de me voir tous les jours. Il a vu mes traitements. Donc moi j’ai le traitement le matin et traitement le soir. Il sait que je suis quelqu’un de très rigoureuse par rapport à ça. J’ai mon téléphone qui sonne pour ma prise du matin et ma prise du soir. Comme ça, je sais que je n’oublie pas. Il le voit quoi. Je suis vraiment très ordonnée, très rigoureuse. Donc, il a bien vu que j’étais quelqu’un de sérieuse de ce côté là. Tous les trois mois, j’ai mon rendez-vous chez les médecins. J’ai mon bilan sanguin. Ca c’est pareil, je ne lui ai jamais caché en fait. A chaque fois, je voyais mon médecin, je lui montrais mon bilan sanguin. Comme ça, il voyait tout. Je lui ai expliqué les lymphocytes T4. Enfin vraiment pour qu’il sache, lui aussi, qu’il comprenne ce que c’est de vivre avec ce virus. Et puis, il a bien vu que tout était nickel pour moi. Il a bien vu qu’au quotidien, le virus ce n’est pas quelque chose qui me paralyse dans la vie de tous les jours. Qui ne m’handicape pas non plus. Je suis quelqu’un qui vit tout à fait normalement. J’ai ce truc-là en plus. C’est vrai que j’ai une sensibilité différente. Mais à côté de ça, ma vie c’est la vie de n’importe qui. Donc, je pense que toutes ces choses-là, l’ont rassuré. Et, on fait qu’il a compris, finalement que, ça ne changeait pas grand chose. Ca ne changeait même rien. Puis, pour ce qui est de faire ce bébé, la protection par le traitement, il a tout de suite compris comme telle en fait.

Fin du son.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE