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5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Enfants concernés par le VIH | Femmes séropositives | Jennyfer | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Jennyfer, 23 ans, séropositive depuis sa naissance, bientôt maman

2 novembre 2011 (papamamanbebe.net)

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Reda : L’idée, c’était donc de parler de notre crainte à tous, en tant que parents concernés par le VIH ou partageant nos vies avec quelqu’un qui vit avec. Quand on parle, quand on a organisé ces Rencontres, une bonne partie du travail du Comité des familles, concerne, comment faire pour éviter de se retrouver avec un enfant contaminé, un enfant né avec le virus. Et nous-même, dans l’histoire du Comité, on s’est beaucoup appuyé sur l’AMP, sur le progrès de la médecine pour dire, regarder maintenant les séropositifs peuvent faire des enfants. Et comme le VIH ne rend pas stérile, les séropositifs ont toujours pu faire des enfants et en ont toujours fait. Et du coup, on s’est rendu compte qu’en tenant ce discours-là, on pouvait potentiellement renforcer la stigmatisation des enfants qui n’avaient pas eu la chance de passer entre les gouttes et des mamans qui avaient fait des enfants avant la trithérapie, avant que le progrès de la médecine change la donne. Et du coup c’est là où on a modifié notre façon d’en parler, pour reconnaître à part entière, l’existence, les besoins, la dignité des enfants qui justement ne sont pas passés entre les gouttes et dont certains sont aujourd’hui à l’âge adulte et puis aussi, il faut le dire quand même pour rendre hommage aux parents disparus et aux enfants qui n’ont pas eu la chance de grandir. Donc c’est vraiment pour nous un sujet qui touche au coeur de nos craintes. La crainte de se retrouver avec un enfant né avec le VIH. Et ce que moi j’ai appris en rencontrant et en apprenant à connaître Jennyfer, c’est que même dans ce cas de figure, que la vie n’était pas foutue et qu’au contraire, un enfant, tel qu’il soit, grâce aux progrès de la médecine certes, mais aussi tout simplement par la volonté de vivre, reste la plus belle chose qui est.

Jennyfer : Moi je m’appelle Jennyfer. Je suis née en 1988. Ma mère à l’époque elle a appris sa séropositivité lors de sa grossesse. Donc effectivement, ils voulaient absolument qu’elle avorte. Les médecins étaient un peu contre. Mon père aussi, de peur que je sois malade. Les médecins disaient une chance sur deux que je ne sois pas malade. Donc c’est vrai que ça laisse à réfléchir. Ma mère a tout fait pour me garder, repousser l’avortement. Je la remercie quand même, une pensée pour elle. Moi en fait quand je suis née, mes parents ont toujours écouté les médecins, parce que, j’ai eu la chance d’être en France, et d’avoir les médecins qui, même si on n’avait pas de traitement, des médecins qui étaient là. Donc pour ça, les médecins ont dit à mes parents, il faut manger comme ça, il ne faut pas qu’elle touche les chats parce qu’il y a le risque de petites maladies, la toxoplasmose. Pleins de choses, les petites choses de la vie quotidienne. Bien manger équilibré. Donc c’était les seules choses au départ que mes parents faisaient vraiment. Donc j’ai pris l’AZT, j’ai grandit normalement. Ensuite, moi j’ai eu l’annonce très tôt de ma séropositivité. J’étais en maternelle. Je devais avoir 4 ans, quelque chose comme ça, 5 ans. En CP je le savais. Donc au départ, on ne comprend pas, on se dit c’est trop compliqué. On me dit que ma maman est pareil que moi, mais c’est une maladie compliquée, qu’on n’a pas de médicament vraiment. Mon papa n’a jamais contracté la maladie, ni ma grande soeur, qui est née en 1982. Donc ma mère, ça allait, après j’ai dit à ma mère, mais c’est pas bien, je lui en ai voulu en deux phrases, après je lui en voulait plus. Ensuite ma mère n’a pas eu la chance de rester avec nous, elle est morte quand j’avais 8 ans et demi. Après ça, c’est un autre travail, de rester toute seul. Mais je ne lui en veux vraiment pas et grâce aux cachets, je peux être en bonne santé et j’ai pu, à l’adolescence, avoir des épisodes, ce qui est le problème à l’adolescence, de louper, de ne plus prendre ses cachets aussi, d’avoir des résistances aux traitements, des gros problèmes de traitement. Donc c’est aussi un message que je veux faire passer pour les adolescents, d’essayer vraiment de bien prendre son traitement, parce que c’est important pour l’avenir. Maintenant on vit très bien, on n’en veut pas du tout à nos parents, au contraire moi je suis super heureuse d’être née et d’être bah même séropositive parce que, bon pas heureuse de l’être mais on va dire plutôt que je le vis bien. Puis je ne suis pas malade, donc je n’ai pas de problème. Donc tant que je peux encore parler, je le dirai et je soutiendrai, et j’encouragerai parce qu’un enfant même qui nait séropositif, c’est un cas assez rare mais, moi ça fait 22 ans. Il y a des cas encore beaucoup plus âgé. Donc c’est vraiment un espoir et on a des relations amoureuses et on travaille, on est bien, on vit bien. On peut aussi, par la suite, on peut se projeter avec notre compagnon, avoir nous-même des enfants, avoir notre vie. Ce que tout parent souhaite. Moi actuellement, là il est vrai que je suis en début de grossesse. Donc c’est vrai que, on a un peu une crainte en se disant, je suis née avec, mais en fait on sait que maintenant, on a vraiment un bon espoir et on pourra voir grandir son enfant et on l’aimera et on sera comme tous les autres parents et pour les parents qui ont donné naissance à des enfants séropositifs, seront des supers grands parents et voilà. Vraiment il faut garder l’espoir et garder le sourire, parce que la vie, elle est belle et même si on a la maladie, le VIH, ce n’est pas une tragédie en fait. Voilà. Merci.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE