Skip to main content.

5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Couples concernés par le VIH | Faire un bébé quand on est séropositif | Roland Tubiana

Il y a 10 ans, une consultation pour les couples concernés par le VIH s’est ouverte, raconte Roland Tubiana, médecin à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière

2 novembre 2011 (papamamanbebe.net)

| Votez pour cet article

Roland Tubiana : L’AMP égal technique, égal rendez-vous, égal compliqué, égal un circuit qui existait pour des gens qui n’arrivaient pas à avoir d’enfant, qui n’est pas toujours la situation des couples sérodifférents ou infectés tous les deux. Notre point de vue à nous dans le multidisciplinaire, c’est qu’on a, on a crée une consultation de couple qui s’appelle « conception », qui est dédiée, non pas à vous dire c’est la première réunion de rendez-vous d’AMP et puis vous allez signer pour les 15 rendez-vous qui suivent, qui est de parler de ça. Alors aujourd’hui ça vous semble normal, quand on l’a fait il y a pratiquement 10 ans... Donc on a vu 700 couples dans cette consultation. On prévoit une heure par rendez-vous. C’est pour quoi ? C’est pour que vous veniez nous parler de, on veut un bébé, voilà notre situation, qu’est-ce que vous en pensez, qu’est-ce que vous proposez. Effectivement la proposition a évolué dans le temps puisque, ce que tu as proposé, la proposition suisse, c’est simplement de mettre des gens sous traitement et de les rendre indétectables et de voir s’ils transmettaient plus ou moins. Et tout le monde dit maintenant, on est d’accord, ils transmettent beaucoup, beaucoup moins. Vous avez entendu, une étude récemment qui est passée dans les médias etc. Et tout le monde me dit, vous voyez ça confirme. Oui ça confirme. Seulement si la demande en face du couple, elle est zéro risque. Ca dépend de l’acceptation pour un couple d’un risque donné que nous on essaye d’identifier et de discuter. Si vous avez choisi dans votre couple, vous êtes négatif et votre partenaire est séropositive, elle est indétectable, elle n’a pas d’IST, je passe les points techniques. On veut un enfant, qu’est-ce que vous nous proposez ? Nous on vous dit voilà, on vous propose un bilan de fertilité parce qu’on ne voudrait pas aller trop loin alors que vous avez un problème de spermatozoïde tout ça. On voit votre âge, le niveau de contrôle du virus dans la personne infectée. Et on dit voilà. Dans l’AMP, pour vous, il y a ça. Alors vous dites, non non, je ne veux pas ça, je veux le naturel, j’ai entendu à la télé. Alors il faut que nous, on rediscute avec vous des niveaux de risque suivant l’état... Et après vous repartez avec votre risque et avec votre choix. Le problème, c’est que les gens choisissent à partir d’une donnée médiatique, ou à partir d’une recommandation. La vraie question c’est l’analyse de votre situation individuelle. Les problèmes qu’on a c’est quoi ? C’est des gens qui viennent et qui ne sont pas en couple. La notion qu’on introduit, et j’en ai parlé à Casablanca l’année dernière, c’est une prise en charge de couple. Or, il y a beaucoup de demande d’individus qui viennent tout seul, on ne peut pas répondre. Mais ça vaut le coup d’en parler. Donc on ne perd pas ce temps-là. Les gens qui viennent avec, on veut zéro risque, les gens qui viennent avec, il parait qu’on peut faire comme si, dites-moi ce que vous en pensez, voilà notre situation. Pour les couples séroconcordants ou les deux sont infectés, dans les recommandations maintenant on arrête de dire on fait de l’AMP pour le risque viral. Puisqu’on sait très bien que si les deux sont traités, qui sont indétectables, il y a pleins de conditions, là encore individuelles. Il y a l’âge aussi. Si vous venez nous dire, à 40 ans, que vous voulez un enfant vite. Vous dire prenez le temps de faire tout seul parce que le bilan virologique est bon et que vous avez pris le risque. On risque de se retrouver avec des gens qui disent on n’a pas d’enfant, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Et puis c’est un peu tard pour l’AMP. Puis pleins de paramètres autre que la technique qui doivent être discuté à un moment ou un autre dans ce que j’appelle un entretien clinique, singulier pluriel avec le couple. C’est facile de critiquer les propositions, mais il faut aussi que les demandes soient clarifiées. Je vois aussi des couples qui viennent ou l’un des deux ne sait pas que l’autre est infecté. On est dans des situations personnelles extrêmement délicates à gérer. Donc chacun ici va poser des questions par rapport à son histoire personnelle et nous, notre rôle de docteur, d’équipe qui reçoivent les gens, c’est de justement adapter notre réponse à la situation individuelle couple. Donc la notion de suivi de couple, elle n’existait pas dans le VIH. C’est quasiment quelque chose qu’on met en place et qui va se développer, je vois bien comment ça se passe. La notion de zéro risque, quand on est traité, on est obligé de la moduler et de voir si vous acceptez le risque. Ce que je dis d’habitude c’est, quand vous achetez une voiture, le marchand il ne vous dit pas il y a tant d’accidents de la route par an. C’est un risque que tout le monde a intégré. Tout le monde sait ici que si vous montez sur une moto ou une voiture, vous prenez un risque. Il faudrait presque qu’on arrive à ça avec l’identification de votre situation par rapport au VIH. Et in fine, soit vous venez parce qu’il y a un problème de fertilité qu’on met en évidence, soit dans les consultations de gynéco, soit de biologie de la reproduction, et l’AMP va être la solution. Soit vous voulez un risque extrêmement faible, voir zéro et là le lavage de sperme et la prise en charge de l’homme positif est aussi valable. Soit l’homme est négatif, la femme positive, on peut proposer l’autoinsémination, on ne va pas rentrer dans le détail aujourd’hui, qui s’explique, qui ne marche que si elle s’explique. Moi je vois pleins de bébé nés comme ça, mais ça demande une explication. Et moduler les bilans compliqués et l’accès à l’AMP suivant le choix du couple par rapport au risque et par rapport à ce qu’on imagine de la fertilité et aussi de la situation en âge et en possibilité d’avoir des enfants. Donc du coup, actuellement, contrairement à ce que je pensais, je vous donne juste mon expérience, on s’est dit maintenant tous les hommes indétectables, plus personne va nous demander d’AMP pour les hommes positifs, femmes négatives jeunes avec pas de problème de fertilité eh bien c’est ce qu’on a le plus actuellement. Vous voyez on ne peut pas prévoir non plus, parce que les gens me disent on veut zéro risque. Oui on est là pour aider, et oui ça peut se terminer par c’est une indication à l’Aide Médicale à la Procréation pour votre cas particulier et je crois qu’il faut qu’on continue à travailler comme ça parce que la demande ne faibli pas, contrairement à ce que moi-même je pensais.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE