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5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Femmes séropositives | Julienne

Julienne, maman camerounaise de 10 enfants : « Je n’ai pas honte d’être séropositive »

12 août 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Dans le cadre de la 5ème rencontre des parents et futurs parents concernées par le VIH, Julienne et Calis ont souhaité partager quelques bouts de leur vie, pour expliquer pourquoi ils souhaitent venir à cette 5ème rencontre, qui se passera à l’Hôtel de Ville de Paris, samedi 18 juin. Je vous propose d’écouter le récit de Julienne.

Début du son.

Julienne : Je m’appelle Julienne, je suis camerounaise, âgée de 54 ans. Je suis séropositive, je l’ai appris, ça fait un an aujourd’hui. Mère de 10 enfants et arrière grand-mère de petites filles et grand-mère de trois petits fils. Je ne dis pas encore à mes enfants que je suis séropositive parce que, en premier temps c’est une maladie de honte. On nous a mis dans la tête que la maladie n’est pas à la portée de tout le monde. Et que finalement, c’est la maladie pour tout le monde. Aux nouveaux nés, aux grandes femmes, à n’importe qui pourvu que tu sois être humain. L’image qu’on a donné à cette maladie au début, dans les années 80, 90 qui fait que si tu n’es pas bien renseigné, quand on annonce que la personne est déjà dans le lot, tu ne peux pas croire, tu ne peux pas accepter. C’est la différence. Et que il faut vivre, il faut découvrir la vérité. C’est la vérité que je veux que mes enfants découvrent.

Sandra : Pourquoi aujourd’hui vis-tu en France et pas dans ton pays d’origine ?

Julienne : Je vis en France car je suis malade pour suivre mon traitement puisque au Cameroun il n’y a pas le traitement pour tout le monde. Chez moi, je n’ai pas accès aux médicaments au Cameroun et en plus, on n’a même pas pu découvrir ma maladie au Cameroun. Je souffre de cette maladie depuis plus de 20 ans. Au moment où je suis arrivée en France, j’étais mourante. Maintenant, si je ne te dis pas moi-même que je suis malade, tu ne peux pas savoir. Et je vis avec ça tous les jours. Je prends mon traitement matin et soir. Moi normalement j’étais déjà gravement malade, je perdais déjà l’espoir de vivre, puisque la maladie que moi-même je m’étais dans ma tête, l’hypertension, le début d’AVC, moi je trouve ça au même pied d’égalité que le VIH. Puisque, on va dire au début, qu’avec le AVC, l’hypertension, je prends le traitement jusqu’à la fin de mes jours. Finalement je prenais ces traitements, je ne guérissais pas. Si maintenant, on vient me dire que ce n’est pas ce qu’on te dit, c’est ça et que ce traitement m’aide, me soulage, j’ai accepté, à partir du moment où tu es malade, quand on te dit qu’il y a déjà le médicament pour ça, bien sûr, ça ne va pas te traiter tout de suite mais tu vas vivre avec. Je suis d’accord. Je n’ai pas perdu de courage. C’est en France qu’on m’a dit. Moi j’ai fait tous ces examens au Cameroun, j’ai même tous les documents. Moi, on ne m’a jamais dit au Cameroun que j’avais le VIH. C’est ici en France qu’on m’a dit. Moi je ne pouvais pas dire non puisque, ce qu’on me disait, puisque, quand on te dit que c’est telle, tu souffres de telle, il faut que la personne t’aide à soulager cette douleur. Le camerounais n’a pas pu soulager ma douleur mais la France, comme je viens de le déclarer, je suis en forme. Bien sûr je suis malade mais je suis en forme.

Sandra : Samedi 18 juin 2011, il y aura la 5ème rencontre des parents et futurs parents concernées par le VIH. Est-ce que toi tu seras à cet événement exceptionnel ?

Julienne : Effectivement, je dois être là-bas. J’ai inscrit même mes enfants pour les faire venir et les annoncer ma maladie. Et si c’est possible, si eux aussi peuvent aller se faire dépister puisque c’est pour l’avenir, les futures générations. C’est mieux de se faire dépister tôt, que de se faire dépister tard. Quand tu te fais dépister tôt, ta maladie est courte et comme on dit qu’il y aura la guérison, moi je prends confiance à partir du moment que moi-même je marche déjà sur mes propres pieds, si je ne te dis pas que je suis malade, c’est pour ça que je donne confiance aux chercheurs qu’il y aura la guérison un jour. Je n’ai pas honte d’être séropositive, peut-être c’est sur moi, c’est pour montrer aux autres gens de ne pas avoir honte de la maladie. La maladie de séropositive c’est être malade, comme tu peux être malade du paludisme, rhumatisme, cancer, ou du diabète, c’est une maladie comme tout le reste. L’essentiel de prendre ton médicament et ton traitement. C’est tout. Moi je n’ai pas honte.

Sandra : Alors la vie est belle avec le VIH ?

Julienne : Euh... c’est comme je prends ma vie au quotidien. Je prends le VIH comme tout autre maladie. Quand tu es malade, moi je vis au jour le jour. C’est ça. Parce que quand tu es malade, tu es malade, mais rend ça simple pour vivre bien au quotidien.

Sandra : Tout à l’heure tu m’as parlé de la guérison, comme quoi tu as de l’espoir dans la recherche. Explique moi ton point de vue en fait sur la guérison. Là, à la 5ème rencontre, on va parler de ce patient, Timothy Ray Brown qui aujourd’hui grâce à une greffe de moelle osseuse, n’est plus séropositif. Toi, comment entends-tu cette information ? Quel est ton sentiment ?

Julienne : Mon sentiment c’est qu’ils vont réussir puisque j’ai eu les cas comme en 2008, il y a une de mes petites soeurs, qui est partie. Elle avait déjà une co-infection. Moi je ne savais pas qu’une personne peut-être attaquée de ce virus et être comme je le suis maintenant. Si maintenant je suis à ce niveau que je me trouve maintenant, je parle fort, je danse, je fais le sport, je mange bien, j’ai confiance à ce qu’il y aura aussi. La guérison. C’est pour ça que j’ai confiance.

Sandra : Un vaccin pour tuer le virus du VIH, toi tu penses que tu auras le temps de le voir ou pas ?

Julienne : A partir du moment où j’ai confiance, je veux vivre avec la maladie, si j’ai encore, sur la Terre, le temps, je veux voir ça. J’aimerai voir ça.

Sandra : Et aussi, à la 5ème rencontre, on va parler d’amour. Est-ce que l’amour quand on est séropositif c’est possible ?

Julienne : L’amour, quand tu n’as pas encore commencé le traitement, tu perds même le goût de l’amour parce que tu te laisses déjà de toi-même. Tu perds le sens de l’amour. Quand tu suis déjà ton traitement, les envies de la vie reviennent. Tu es déjà capable de voir aussi une nouvelle vie, un amour propre.

Sandra : Etre séropositif ça n’empêche pas de trouver l’amour, d’être heureux en amour ?

Julienne : Non, ça ne change pas. Il faut être correcte avec ton partenaire. Ton partenaire sait aussi que tu es malade, vous menez votre vie tranquille. Il n’y a pas d’inconvénient.

Sandra : Toi-même, est-ce que tu es heureuse en amour ou pas ?

Julienne : Bien sûr ! Tu n’es pas heureux seul. Quand tu es seule, tu es déjà sur la route de la tombe. A partir du moment où tu reviens vers la vie, tu dois être accompagné, tu dois faire tout ce que les autres font. L’amour c’est aimer de toi-même. Il faut aimer toi-même d’abord. A partir du moment que tu aimes toi-même, tu aimes quelqu’un. Tu es belle aujourd’hui, tu fais bien ceci aujourd’hui. Tout, l’amour est bien. L’amour, tu es séropositive, tu n’es pas séropositive, quand tu libères déjà ta tête, quand la tête est en prison, tu ne peux pas faire l’amour. Quand tu libères déjà ta tête, ça correspond aussi à l’âge. Une petite fille de 16 ans, ne peut pas sentir l’amour comme une maman de 54 ans sans son amour. Voilà la différence. Mais je dis que l’amour est là. Moi j’invite tout personne qui est séropositive de venir à la 5ème rencontre. Puisque ça va te faciliter de découvrir les gens qui sont comme toi et tu vas entendre le témoignage, ça va te libérer de là où tu es. Ca va te faire sortir de l’isolement. Ca peut même enlever la maladie sur toi. Parce que le poids de la maladie c’est que je souffre de ça, et quand tu vois les autres qui n’ont pas honte, qui marche avec, qui font leur vie, avec la maladie, ça va aussi te donner l’envie et le courage, et la patience de prendre tout ça en main et tu mets aussi en route.

Fin du son.

Sandra : C’était Julienne qui nous a parlé d’amour, de la guérison, de ses enfants par rapport à l’annonce de la séropositivité. Donc par son récit, elle invite tout le monde, tous les séropositifs et ceux qui les aiment à venir participer à la 5ème rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH. Sadek qu’est-ce que tu penses du fait qu’elle veuille emmener ses enfants à la 5ème rencontre ? Est-ce que tu trouves que c’est une bonne idée ou pas ?

Sadek : Je trouve que c’est vraiment une femme de belle allure. Elle a un vocabulaire magnifique et elle a une pensée vraiment pure.

Sandra : Mais par rapport au fait que, elle a dit qu’elle n’a pas annoncé sa séropositivité à ses enfants. Et là, elle va faire un pas. Elle va les emmener à la 5ème rencontre. Qu’est-ce que tu en penses ?

Sadek : Bon je pense que c’est vraiment très bien. C’est pour elle la bonne occasion et le bon moment d’annoncer ça à ses enfants. En plus ses enfants auront un maximum d’information. C’est vraiment le bon moment pour elle.

Sandra : Tina j’aimerai revenir sur quelque chose avec toi, elle dit qu’elle était au Cameroun, donc elle a fait des examens là-bas et ils n’ont pas su détecter son VIH. Elle dit qu’elle était malade depuis 20 ans et c’est seulement en France qu’on lui a dit qu’elle est séropositive. Quand tu entends cette information, ça te parait possible ou pas ?

Tina : Mais il y a des personnes qui font le dépistage en Afrique, qui sont dépistées séropositifs. Maintenant, je ne sais pas peut-être que, elle a été suivie par des médecins qui n’ont pas fait le test. En Afrique, la prise en charge n’est pas du tout la même. Même déjà j’ai entendu des personnes dire qu’après coup, ils avaient été dépisté du VIH mais que les médecins n’ont pas voulu leur dire en Afrique. Voilà, c’est un peu différent là-bas. Peut-être que si là-bas, elle souffrait et que ici avec la trithérapie tout va bien, ça veut bien dire que c’est ce qui lui fallait pour aller bien. On sent dans ce qu’elle dit qu’elle est vraiment soulagée avec la trithérapie. Donc c’est peut-être possible, qu’ils n’ont pas fait le test ou en tout cas, s’il y a un test qui est fait, je pense que dans ces cas-là ils détectent le VIH, mais le problème c’est qu’ils le font peut-être pas assez souvent.

Transcription : Sandra Jean-Pierre

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