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5ème Rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH | Couples concernés par le VIH | Faire un bébé quand on est séropositif | Laurent Mandelbrot | Sexe et sexualité

Docteur, je suis en couple séropositif/sérodifférent, comment faire un bébé ? (avec Laurent Mandelbrot)

11 août 2011 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Faire un bébé, sans le contaminer oui c’est possible ! Je vous propose d’écouter Laurent Mandelbrot, chef de la maternité de Louis Mourier à Colombes sur ces questions.

Début du son.

Sandra : Je suis une femme séropositive. Je suis avec un homme séronégatif. Comment puis-je faire un enfant sans transmettre le virus à mon partenaire et à mon bébé ?

Laurent Mandelbrot : Une femme séropositive pour ne pas transmettre le virus à son bébé, c’est les traitements. Il n’y a pas d’autre meilleur moyen que de prendre un traitement pendant la grossesse. Pas pendant toute la grossesse, mais pendant la deuxième partie de la grossesse on va dire et puis dans un certain nombre de cas, pendant toute la grossesse, et ça, ça protège de façon, si la charge virale est bien contrôlée, que le traitement marche bien, il y a un risque très faible, largement moins de 1 % que l’enfant soit infecté. Il n’y a jamais un risque zéro, mais un risque très faible. Donc pour protéger le bébé, on sait assez bien faire. Pour ce qui est de protéger le partenaire, il y a une méthode qui est simple, qui est complètement efficace à 100 %, c’est ce qu’on appelle l’auto insémination. C’est une méthode simple et efficace. La plupart des gens y arrivent très bien et sans trop de stress. Mais bon, faut être convaincu, faut l’expliquer. C’est juste de récupérer le sperme, ça peut être dans un préservatif ou dans n’importe quel autre réceptacle. Ca peut être dans un bol ou ce qu’on veut, ou dans un verre. Mais ça peut être très bien dans un préservatif et de le placer. Tous les moyens sont bons, il y a pleins de couples qui ont fait des choses très imaginatives. Nous les médecins, on pense toujours à une seringue, mais il y a pleins de moyens de le faire pour simplement placer le sperme dans le vagin. Si c’est fait au bon moment du cycle, il y a autant de chance d’être enceinte que si c’est un rapport non protégé. Donc ça évite de passer par le rapport non protégé. Alors, il y a d’autres personnes qui se posent la question maintenant, est-ce qu’on pourrait vraiment le faire sans préservatif à condition de prendre un traitement ? Nous, on est assez ouvert à ça et c’est même dans les recommandations. Quand il s’agit d’un homme séropositif, parce qu’on n’a pas le choix. Soit on a fait un lavage de sperme, soit on donne un traitement pour qu’il y ait moins de virus dans le sperme. Donc l’auto insémination n’a pas de sens. En revanche pour une femme séropositive, on a un moyen parfaitement efficace qui est l’auto insémination, on se dit c’est dommage de ne pas en profiter.

Sandra : Je suis une femme séropositive, je suis avec un homme séropositif. Comment faire un enfant sans le contaminer ? Est-ce qu’il n’y a pas un risque de surcontamination ?

Laurent Mandelbrot : Le risque de surcontamination existe probablement. Je ne suis pas virologue, mais il y a des débats, c’est probablement quelque chose d’assez rare. Ce n’est pas toujours si facile de le déterminer. Les spécialistes, les scientifiques, dont je ne fais pas partie estiment aujourd’hui que dans un couple, si les deux personnes du couple ont un traitement efficace qu’ils prennent bien, il n’y a vraiment quasiment aucun risque de surcontamination. Ce risque il existe dans des conditions probablement plus exceptionnelles, enfin pas exceptionnelles, mais dans des conditions où l’un des deux n’auraient pas le traitement, et auraient une charge virale très élevée ou une maladie opportuniste ou dans des cas aussi de couple, avec des rapports, par pénétration anale, notamment des couples homosexuels ou éventuellement ça pourrait arriver dans un couple hétérosexuel qui aurait des rapports sexuels avec pénétration anale, alors que la pénétration vaginale a beaucoup moins de risque en la matière. Donc si c’est pour faire un bébé, évidemment, il s’agit de pénétration vaginale, le risque est probablement infime, ce qui fait qu’on recommande aux couples qui sont tous les deux séropositifs de voir leur médecin ensemble et de faire le point, et s’il n’y a pas d’infection, si la charge virale est bien contrôlée chez les deux, ils peuvent faire l’enfant naturellement. Alors, ça ne veut pas dire, après pour la femme le risque d’avoir un bébé infecté, il va être très faible aussi. Puisque si c’est un traitement qui marche bien, ça devrait bien se passer pour le bébé.

Sandra : Je suis un homme séropositif, je suis avec une femme séronégative. Comment faire un bébé sans le contaminer et sans transmettre le virus à ma femme ?

Laurent Mandelbrot : Alors quand l’homme est séropositif et la femme séronégative, il n’y a pas de transmission directe de l’homme au bébé. Ça n’existe pas. La transmission du virus à l’enfant ne se fait que si la femme se contamine. Donc l’objectif, c’est que la femme ne devienne pas séropositive. Là, il y a deux options possibles. Il y a une qui s’appelle couramment le lavage de sperme. Mais là, c’est lourd, c’est l’Assistance Médicale à la Procréation dans un centre agréé où on recueille le sperme, on fait des tests, on le lave et ensuite on fait une insémination artificielle ou une fécondation in vitro. Et l’autre approche, c’est des rapports programmés, des rapports non protégés avec un traitement antirétroviral chez l’homme. Alors, ça veut dire qu’il faut qu’il y ait un traitement au long cours, pendant en tout cas plusieurs mois, avec une charge virale complètement indétectable et l’absence d’infection. Soit chez l’homme, l’infection de la verge ou l’infection génitale. Soit chez la femme, l’infection vaginale, l’infection génitale. Et dans ces conditions, le risque de transmission est extrêmement faible. On ne peut pas dire qu’il est de zéro, mais il est certainement très faible.

Fin du son.

Sandra : C’était Laurent Mandelbrot, chef de la maternité d’hôpital Louis Mourier à Colombes. Les informations qu’on vient d’entendre sont peut-être une mise à jour pour certains, mais pour d’autres c’est une découverte. J’ai demandé à Laurent Mandelbrot si les personnes qu’ils recevaient étaient bien informées sur ces questions. Écoutons sa réponse.

Début du son.

Laurent Mandelbrot : Alors les gens qui viennent en consultation, il y en a beaucoup qui ont des bonnes informations et qui ont envie qu’on les confirme et aussi qui ont besoin de voir si eux correspondent à ces informations ou pas. Mais je suis frappée par le fait qu’il y a beaucoup de gens qui manquent d’information encore aujourd’hui. Y compris des gens qui essayent de se renseigner, qui essaye de s’informer ? Alors est-ce que c’est parce qu’il y a des choses qui n’ont pas été suffisamment dites dans les médias ? Est-ce que c’est parce que le discours des médecins n’est pas assez clair ? Ça va dans les deux sens. C’est-à-dire que la notion de risque, c’est vraiment délicat. Nous en médecine, il n’y a rien de plus délicat que la notion de risque. Je crois dans la vie de tout le monde. On va dire est-ce que c’est un risque de rouler sur le périf en moto sans casque à 150 à l’heure. Évidemment, tout le monde peut répondre. Mais quel est le risque vraiment ? Statistiquement ? Quel est le risque que j’ai de mourir, d’avoir un accident, d’être paraplégique ou je ne sais quoi ? Donc si on pense en matière de VIH, il y a autant des gens, qui pensent que les risques sont beaucoup plus élevés, et en gros ils vont tomber raides morts si un jour, il n’y a pas de préservatif que des gens qui pensent qu’il n’y a pas de risque alors que, la notion de risque faible, est difficile à gérer. Et nous, ce qu’on peut aider vraiment, et là je pense que c’est pour ça qu’il faut consulter, un couple qui veut avoir un enfant ou l’un des deux est séropositif ou bien les deux sont séropositifs, c’est vraiment bien d’aller tous les deux consulter, parce qu’ils seront moins angoissés, on aura relativisé les choses. D’autre fois, il faudrait recadrer certains risques et être dans de meilleures conditions. Et puis simplement, le fait de se dire qu’on a confirmation de ce qu’on pensait déjà au départ, c’est quand même rassurant. Donc vous me demandez, est-ce que les gens qui viennent sont bien informés ? Je dirai que la majorité n’est pas si bien informée malgré tout et bénéficie à une discussion du sujet.

Fin du son.

Sandra : Voilà, le docteur Laurent Mandelbrot qui sera le 18 juin 2011 à l’Hôtel de Ville pour la 5e rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH. Tina, est-ce qu’au Comité des familles, donc association créée et gérée par et pour des familles concernées par le VIH, il y a beaucoup ou peu de personnes qui se demandent comment faire un bébé sans le contaminer ?

Tina : Bien sûr, il y en a beaucoup. Quasiment chaque nouvelle personne qui arrive au Comité est très peu informée. Il y en a aussi qui fréquentent régulièrement. Il faut vraiment s’y intéresser, écouter, échanger avec d’autres couples aussi. Même avant que ce discours un peu médical soit vraiment bien intégré, il y a aussi pas mal de questions techniques, par exemple un couple qui vraiment avoir un rapport sans préservatif pour faire un enfant, il doit du coup, comprendre comment calculer le temps d’ovulation de la femme. Des choses comme ça ça prend du temps. Et je pense que c’est important d’en parler, c’est vraiment un sujet encore très peu connu. L’auto insémination est compliquée, l’AMP est compliqué et surtout pour ceux qui veulent vers la procréation naturelle, de bien comprendre les conditions, il faut toujours insister et franchement en général, les gens qui viennent au Comité, leur médecin ne leur a pas du tout parlé.

Sandra : Ousmane, venir en couple à l’hôpital quand on a un projet de faire un bébé, t’en penses quoi ? Est-ce que tu connais toutes ces informations qu’on vient d’entendre ?

Ousmane : Je dirai que moi, je n’ai pas eu besoin d’aller avec ma femme voir son médecin pour vraiment procréer. Les informations que j’avais, je les ai entendues au Comité. Aussi pour avoir participer à la 3e rencontre des parents et futurs parents vivant avec le VIH et à la 4e rencontre des parents et futurs parents vivant avec le VIH. Donc j’avais assez d’information, bien avant même de rencontrer ma femme séropositive. Pour revenir sur la question, est-ce que beaucoup de gens ont les informations ou pas, je pense qu’il y a quand même encore un tabou sur ça, parce que, je me rappelle sur une autre radio dont je ne dirai pas le nom, j’en ai parlé, j’ai dit avec ma femme, on n’a pas utilisé les préservatifs pour qu’elle soit enceinte et tout de suite, il y a une personne qui travaille dans une branche sur le VIH, qui m’a tout de suite répondu en disant, non, non, ça, ça ne se dit pas. Mais bon, ça ne se dit pas, alors que l’information existe. Il y a des médecins qui sont confiants. Mais bon malheureusement beaucoup d’associations ne veulent pas prendre le risque d’en parler ouvertement, et beaucoup de médecins non plus. Donc quelque part, je me dis, c’est important pour les personnes en tout cas concernées par cette situation-là d’en parler déjà au médecin et s’il le faut, je crois au Comité, on reçoit souvent des gens qui disent, qui appellent, je voulais faire un enfant et mon médecin m’a dirigé vers votre association. Nous on n’est pas une association de médecins, mais on est plus une association où il y a pas mal de familles, de couples, qui ont beaucoup d’expériences par rapport à ça, mais on ne donnera jamais un conseil sans pour autant ajouter parlez-en à votre médecin. Donc ça, c’est très important. Et après, pour ceux qui croiseront justement Mandelbrot sur leur route, auront de la chance, pour ceux qui ne le croiseront pas, peuvent encore espérer que demain ou dans 5 ans, on officialise vraiment ça pour que les gens arrêtent en tout cas de se dire forcément que les personnes séropositives sont des personnes dangereuses du point de vue contamination. Alors que ce n’est pas du tout le cas par moment, et je pense que c’est important que cette information puisse être relayée au grand public. Pas seulement dans le milieu associatif de lutte contre le VIH, mais plus pour le grand public.

Sandra : Sadek, Ousmane disait que lui, il est bien informé donc du coup, il n’a pas eu le sentiment d’avoir eu le besoin d’accompagner sa femme à l’hôpital, pour tout ce qui concerne le projet bébé. Est-ce que tu es de son avis ?

Sadek : Oui tout à fait, je suis de son avis. Moi quand j’ai rencontré ma femme de l’époque, on est séparé, moi je n’avais aucune information et c’est elle qui voulait absolument avoir un enfant tout en sachant que j’étais séropositif. Pour moi, c’était négatif. Je n’avais aucune information par rapport à ça. Puis je me suis dit, je ne vais quand même pas prendre le risque d’avoir un enfant. En plus mon ex je vais la contaminer. C’était extrêmement difficile comme choix à faire. Ce qui s’est passé c’est que ç’a été fait, sachant que je pensais que je ne pourrais jamais avoir d’enfant. Faut dire que l’amour a été plus fort et je remercie ma rencontre avec elle. Je pense que sans elle, je n’aurai jamais pu être père. La vie a vraiment bien fait les choses.

Sandra : Ali, venir à deux à l’hôpital quand on a un projet de bébé, c’est important ou pas ?

Ali : En général oui, quand on a une pathologie aussi lourde que le VIH, que ce soit un des deux membres du couple ou les deux. Justement, je parle de mon expérience, il y a 20 ans en arrière alors que je savais que j’étais séropositif et que la mère de mon fils, le savait probablement, mais on faisait comme si de rien n’était. On avait des rapports protégés. En revanche quand elle a décidé, elle a également souhaité avoir un enfant. Moi je me suis adressée à un médecin qui me suivait depuis des années, qui était généraliste, qui était également formé sur les personnes séropositives. Du fait que j’étais aux alentours de 900 CD4 sur une période assez longue. En l’occurrence, j’avais fait des examens. Ça avait été suggéré par le médecin, en calculant après la fin de ses règles, 8 ou 10 jours après, c’est la période où la femme est la plus féconde. En l’occurrence, les choses se sont bien passées. Elle n’a pas été contaminée, mon fils non plus. Par la suite, on avait des rapports non protégés. Mais maintenant, en tout cas, avec beaucoup moins de risque, puisque je regardais ce matin encore la publicité pour le dépistage, où ils disent que 50 000 personnes sont séropositives sans le savoir. Ils précisent bien que maintenant, une femme séropositive, dès lors qu’elle prend un traitement et qu’elle est enceinte, il y a 99 % de chance pour qu’elle mette un enfant sain. Et donc, il y a très peu de chance pour que l’enfant soit contaminé. Après le partenaire, c’est encore autre chose. Comme on disait tout à l’heure, on en discute dans le couple. Il y a une part de prise de risque. Si jamais ils font le choix d’avoir un enfant naturellement, après avoir recours à l’insémination artificielle, lavage de sperme et autre. Ca je n’ai pas connu.

Sandra : Mais tu disais 99 %, mais en fait c’est moins de 1 % le risque...

Ali : Oui, voilà.

Ousmane : Juste rajouter par rapport à ta question, oui c’est important d’aller voir un médecin ou d’aller voir son médecin et de voir ce qu’il peut dire là-dessus. Même si après ce n’est pas le médecin qui va faire l’amour à votre place ou vous amener à l’AMP. C’est important d’en parler et après d’entendre ce qu’il a à dire. Toujours est-il, que la vraie décision incombe à celui qui est séronégatif ou à tous les deux dans le couple ? Si les deux sont concernés, si c’est un couple sérodifférent.

Sandra : Comment faire un bébé, vous pourrez en discuter avec des spécialistes samedi 18 juin à la 5e rencontre des parents et futurs parents concernés par le VIH, à l’Hôtel de Ville de Paris ? Inscription gratuite et confidentielle, mais obligatoire sur le site papamamanbebe.net ou au 01 40 40 90 25, c’est le numéro du Comité des familles.